Merlo

19 décembre 2010

Après 10 h de voyage confortable dans un bus, me voici dans un décor tout à fait différent. Merlo, jolie petite bourgade de la province de San Luis, au pied des colines, en plein milieu de la campagne. Je suis venue voir une partie des amis proches de la famille, branchés veggan food, bioconstruction, écologie. Bon. Même si je trouve la cause louable, la campagne trop campagne, c’est pas ma came. Les insectes gros comme le poing, je ne m’y fais guère.

Mais je dois dire que l’endroit est d’une incroyable beauté. Tout a été construit au fur et à mesure des envies de sa créatrice, on se croirait dans un décor emprunté à Georges Lucas, ou à Peter Jackson. A tout moment j’ai envie de voir apparaitre Willow et sa bande, sirotant des bières avec Frodon, en bavassant sur la meilleure manière de tuer un troll.

J’aime être ici.

Il y a si longtemps que j’avais besoin d’un vrai break, de changer de vie.

Ici, on dédramatise sur la procrastination. C’est d’ailleurs un peu pénible, parce qu’au final on ne fait pas grand chose, on parle beaucoup. Alors, faut le prendre avec philosophie. Moi qui angoisse au moindre imprévu, je pense que dans un sens ça me fait du bien. Il faut juste que je provoque un peu plus les choses, et c’est dans un sens un bon apprentissage. Moi qui déteste les indécis.

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Bye bye Buenos Aires…

14 décembre 2010

Demain, je quitte Buenos Aires, pour une durée indéterminée. Quatre semaines que je suis ici, qui ont filé à la vitesse de la lumière. Quatre semaines qui ne m’ont pas suffit. J’ai encore soif de cette ville tourbillonnante, angoissante parfois, effervescente souvent. Quatre semaines qui m’ont à peine suffit à m’acclimater, à savoir me déplacer.

Il reste des mystères à élucider. Jamais je me suis sentie écrasée par le poids de la ville, malgré la taille imposante de cette dernière.

Les porteños sont des gens aimables, toujours prêts à rendre service quand on est perdus ou qu’on a du mal a recharger son téléphone portable. Les remarques des hommes sont lourdes, je ne m’y ferais sans doute jamais. Mais paraît il que c’est culturel. La bouffe est trop bonne, ici, et si je prends pas 10 kg avant de rentrer en Europe, il  a des chances que j’en prenne 15.

Je pars pour Merlo, province de San Luis, pour profiter des amis et de la campagne. Puis les plages de l’Atlantique, pour feter Noël.

Je vois mon voyage au jour le jour, et c’est mieux comme ça. Deux choses se précisent dans mon coeur. La première, je veux revenir à Buenos Aires, et la seconde, je ne veux pas revenir vivre en France. Enfin pas tout de suite.

Y? Te ubicas?

12 décembre 2010


Buenos Aires est une grande ville. La deuxième plus grande de l’Amérique du Sud après Sao Paulo. Grande comme deux fois Paris, avec un million d’habitants en plus. Et mon « légendaire » sens de l’orientation fait très mauvais ménage avec le plan d’urbanisme à damiers, que les colons espagnols ont implanté dans à peu près toutes les villes d’Amérique (nord ou sud).

Rien de plus difficile que de se faire aux divers réseaux de transports. Se rendre d’un point A à un point B demande un peu d’entrainement. Pourtant, les modes de transports sont divers, mais il y a plusieurs moyens de se perdre très facilement.

Tout d’abord, le train : le moyen le plus ghetto de se déplacer. C’est un peu comme le RER, mais ce n’est pratiquement jamais souterrain, et n’est jamais intégré dans le réseau de métro. Il faut de toutes manières lui préférer le métro, ou le bus. En effet, c’est la manière la plus populaire, parce que très peu cher, et quand je dis populaire, c’est plutôt ghetto, le mot juste. Il est juste très mal fréquenté, et comme dans tous les pays du monde, il vaut mieux éviter de traîner près des gares. De plus, les voies très mal entretenues font de ton voyage un chemin de croix.

Le métro : ici, on ne fait rien comme tout le monde, on l’appelle Subte. C’est vraiment pas comme à Paris. Il  a 5 lignes plus ou moins (plus sont en projet) et il n’y a pas des arrêts dans tous les quartiers. C’est néanmoins la manière la plus sûre de se déplacer. Toute la classe la plus haute prend le Subte, et je ne me suis jamais sentie angoissée, de la plus infime façon. Sur une des lignes, les métros sont encore en bois.

Sur deux lignes, la B et la D, plusieurs stations portent le même nom. Par exemple, il  a une station Callao sur la ligne B, et une sur la D. C’est super pratique pour donner des rendez-vous. Surtout qu’elles ne sont pas connectées.

Le Taxi : avant de partir, on m’avait fait promettre de pas prendre de taxis. Ces petites voitures reconnaissables à leur robe jaune et noire charrient des rumeurs tenaces. On a vite l’impression ici qu’il y a un taxi pour un habitant sur Buenos Aires, qui arpentent la ville tels des Nazguls, à la recherche de nouvelles victimes.

Et bien dans les faits… ce n’est pas plus dangereux qu’ailleurs de prendre le taxi, il faut juste prendre des précautions.
Il parait qu’on peut se faire enlever au détour d’une rue, juste pour se faire dépouiller. Une solution, planquer l’argent (toujours planquer l’argent) et surtout prendre des « Radio Taxi » car en cas de soucis, on peut se plaindre à leur hiérarchie. D’une manière générale, il faut éviter de prendre des taxis indépendants.
Le second problème, c’est l’échange de billets, sport national ici. Soit par de faux billets, soit pire, le chauffeur te prend pour un jambon. « Tu m’as donné un billet de 10$, tu t’es trompé, c’est un billet de 50$ qu’il me faut ». Dans ce cas, faut rester ferme, surtout quand on est bourré, à 6h du mat’.
Le dernier point, c’est quand on connaît peu la ville, le chauffeur peut faire des tours et des détours pour engraisser son compteur. Classique. C’est commun à quasi tous les chauffeurs de taxi du monde je pense. « Mec, t’es passé par Boston pour faire 5 pâtés de maisons? » ça m’est arrivé à Marseille, à Barcelone… De toutes manières, tu connais la ville. Depuis 6 mois, même si tu arrivé es hier.

Le Bus : AAAAAh le bus. Le moyen le plus pratique. Mais de loin le plus complexe. C’est la première fois que je vois que dans une même ville, il peut y avoir plusieurs entreprises de Bus qui sillonnent les rues. Il faut au moins un mois pour pouvoir comprendre leur satané Guide.

Outre le fait qu’il y a plus de 300 lignes, qu’il faut savoir par où elles passent et où elles s’arrêtent (le parcours n’est pas indiqué) il faut suivre sur le plan par où passe le bus. C’est coton quand on ne connait pas la ville. Et puis 🙂 on se croirait dans des montagnes russes, on risque sa vie à chaque carrefour. Là aussi, il n’y a pas d’horaires. On attend qu’il arrive, c’est tout. Ils fonctionnent de nuit comme de jour, et il n’est pas rare de voir deux bus de la même ligne se suivre au coude à coude.  J’ai compris récemment qu’ils avaient des espèce de « check point » dans la ville, et au plus ils en faisaient, au plus ils étaient payés. Je pense pas qu’écraser des piétons au passage leur apporte des pénalités.

Piéton : Dans Buenos Aires, de toutes manières, on marche beaucoup. Je me demande encore si renverser un piéton est un délit puni par la loi. Il suffit de traverser une avenue pour avoir un choc. Les gens ne regardent même pas qui traverse, ou ce qu’il se passe autour de leur putain de bagnole. À la vue d’un marcheur, ils se contentent de klaxonner et d’accélérer. L’espérance de vie à pied doit tourner au tour d’un quart d’heure.

 

Mais SURTOUT, ne dis jamais à un Argentin qu’il ne sait pas conduire.

 

 

 

Epilogue.

18 novembre 2010

« Ce terme désigne en général une partie finale ajoutée, comme de surcroît, à un discours, à un ouvrage, en lui-même complet » wikipedia

Il n’est pas commun de commencer par la fin. Et je ne commence pas. J’ai décidé de changer de vie. Je quitte l’Europe pour une durée indéterminée. Parce qu’à un moment, il faut se rendre à l’évidence, cette vie, elle est pas vraiment ce à quoi j’aspire. Travailler, attendre le week end pour s’amuser, faire des heures sups pour s’acheter un plasma, ou je ne sais quelle autre babiole indispensable à notre confort. Attendre 5 années pour pouvoir être augmenté de 200 €, s’acheter d’autres babioles indispensables. Ravaler ses ambitions, les réprimer, en avoir honte. Une petite vie avec un écran plasma, un mec, un poisson rouge. Attendre la mort.

Je pars pour oublier, pour connaître d’autres modes de vie, goûter à d’autres joies, d’autres peurs, vivre. Et enfermer mon passé dans un coffre, puis le perdre dans mon déménagement. Combien de personnes sur cette terre ont la chance un jour de changer de vie, de recommencer de 0 avec de l’expérience? Je ferme mes yeux et je réalise la chance que j’ai.

la liberté..

J’ai beaucoup douté, pleuré, mais à aucun moment je n’ai voulu renoncer. Le déménagement fut douloureux, une vraie torture. J’ai manqué de courage. Sans le support de mes amis et de ma famille, je n’aurais jamais réussi cette phase de renoncement.

Après quelques verres remplis de bulles et d’émotion de la marque « Veuve Clicquot », je m’apprête à passer la nuit la plus courte de ma vie.

aeroport cdg

Direction 24h de voyage. Ou plus, peut être 36, trop, quoi qu’il en soit. Mes yeux piquent à chaque fois que je sens les vibrations de mon Blackberry, que je serre fort dans ma main. Je me demande alors pour quelle foutue raison les gens attendent qu’on parte pour témoigner de l’affection.

S’en suit une terrible succession d’attentes dans les terminaux. Et puis l’Airbus A330 arrache ses 200 tonnes au sol français, je ne peux plus reculer, même si la question ne s’est jamais posée. La pire attente reste quand même celle à Guarulhos, Sao Paulo, que j’ai élu le pire aéroport de tous ceux que je connais.

guarulhos

Enfin dans l’avion, vient l’heure de la « collation ». On m’offre un café, un jus de fruits, et un mini alfajor Havanna. Bordel, ça y est je suis en Argentine.

 

Ezeiza, on me colle un putain de visa permanent sur mon passeport brésilien. Je suis chargée comme deux mules, qui plus est,  deux mules qui viennent de l’hémisphère boréal, là où il fait 10°C. Première mission, trouver le « Banco de la Nacion » qui a le meilleur taux de change de l’aéroport. Attente, transpiration, fatigue, puis, la délivrance.