Breaking Down

27 avril 2011

C’est pas l’envie qui me manquait d’écrire. Plus de machine, plus d’article. Je suis maudite de l’informatique.

Donc il m’incombe de raconter l’épisode Brésil a la vitesse d’une descente de caipirinha.

En gros, j’ai vécu des jours meilleurs. commençons par Sao Paolo/Campinas. La famille. Mon oncle est prof a l’université de Campinas, donc il s’est expatrié depuis l’Argentine. Je me suis retrouvée au milieu d’Argentins, parlant moyen le portugais, je me suis retrouvée isolée du reste du monde. Alors dans la famille Argentine, je demande la tante : gentille, accueillante, un peu spéciale. Trainee de force dans les graviers par une vie qu’elle n’a ni demandé ni méritée, elle profite de la moindre seconde d’inattention de son existence ingrate pour s’évader. Faut dire, c’est pas facile tous les jours. déracinée, enlevée a ses amis, sa famille pour terminer au Brésil, élevant une enfant dont la santé est déficiente, un mari (mon oncle, c’est bien, tu suis un peu) ultra exigeant et super absent de surcroît, à exercer un métier dont elle n’a rien à foutre. Tellement généreuse. Elle a passé le séjour a me payer des trucs, restau, bouffe, fringues, pareo, nuits d’hotel.. Dans la famille Argentine, je demande l’oncle. Prof de maths qui se sent toujours supérieur a toi, mais qui peut parce que c’est franchement une tronche. Il se sent pas concerné, jamais. Il s’en va avant le lever du soleil au travail, et rentre a pas d’heure pour préparer a manger et dormir. Beaucoup plus généreux financièrement que verbalement.  Je l’aime pour tout ce qu’il a fait pour moi, mais je ne peux que constater la participation limitée a sa vie de famille.  Et puis je demande la fille — MAUVAISE PIOCHE — La pauvre est née avec d’effroyables problèmes de santé. Elle ne marchera jamais, ne parlera jamais, ni ne vivra jamais, en somme. a charge de sa famille toute son existence. De violentes crises d’épilepsie, insupportables pour ceux qui y assistent. Cette ambiance pesante s’ajoute aux deux heures de transports pour aller en ville, et les 40 reals aller retour. Condamnée, privée de ma liberté choisie. Quatre murs, une piscine, la famille asphyxiante, la chaleur étouffante. Par dessus le marché mon petit corps nourri a l’équilibre n’a pas supporté le « tout frit » de la cuisine brésilienne. Malade. Tout le temps.

Les Oncles on fait tout ce qu’ils ont pu, je m’en suis fait d’énormes crises d’angoisse. Ma tante m’a envoyée en week end en plein coeur de Sao Paolo. Hotel payé et tout. Passé la journée dans la chambre, pleurant de tout mon être, en me disant que je ne voulais pas dépenser mon argent durement gagné dans cette ville que je n’avais de toutes manières pas envie de connaître. Je suis sortie enfin pour me noyer dans la caipirinha, et oublier ma triste condition.  Puis club, a coté de l’hôtel. A Loca. Les brésiliens font tellement peur que je rentre avec une meuf, á l’hôtel…

Brésil

4 février 2011

Après mes longues (interminables) vacances à la mer, je suis montée dan un bus direction Sao Paulo – Brésil. Miramar – Buenos Aires, escale puis Sao Paulo.

L’escale à Buenos Aires c’etait un peu l’enfer. La personne chez qui je récupèrais mes affaires était pas là, je me suis retrouvee avec plus ou moins 30 kg de valises dans la ville à  attendre jusqu’au soir, un début de grippe, et un soleil de plomb. Rester dans la gare de Retiro, hors de question, parce que toutes les gares de Buenos Aires craignent a mort.

Je prends un remis (genre de taxi) qui me fait payer 45 $ la course jusqu’au centre, et pour situer, un taxi hors agence, m’aurait couté 15 $…

Je te passe les 5 heures d’enfer qui ont suivi, ma valise qui se casse, BREF, je monte enfin dans ce putain de bus pour 31h de bus (en fait 34) je remarque LE SEUL MEC de tout le voyage qui me plait, mais j’ose pas aller le voir, je me sens sale et decomposée.
au premier dej, on commence a discuter et je lui demande ce qu’il fait, il me dit « DJ »..
ah.
bon? genre j’ai pas le droit a autre chose dans la vie…
de bonne compagnie, on discute, on parle musique (en vrai ça me manquait) on s’echange les emails, le garçon va vivre a sao paulo.

a la frontiere, je me rends compte qu’il y a dans le bus une tête connue… mais pareil j’ose pas lui demander… et en passant a coté, il me dit « mais t’es la fille de juan? » et paf! je me rends compte que c’est un ami de mon pere, argentin, qui a une maison sur l’une des plus belles plages du pays…
Paraty…

et la nuit, tous les jeunes se sont reunis autour de qques bieres et 2 guitarres, pour monter une fête a l’interieur du bus….

 

disons que le moment où je pose le pied à Tietê, je le sens pas. je ne me sentirais pas bien ici, je le sens.

 

 

Camille & Lula

21 janvier 2011

Long time no see hu?

Plusieurs raisons, je n’ai pas internet là où je suis, tout ce que j’ai ramené d’Europe en électronique est hors d’usage, et puis j’avais pas vraiment envie d’écrire. J’ai pas eu de chance. L’appareil photo? volé. Le Blackberry? il a pris la pluie. Mon pc? décédé suite à une longue agonie.

Je suis toujours à Miramar, Province de Buenos Aires, Argentine. Soleil, plage,   inertie.

Je pense pas vraiment avoir appris sur moi durant ces deux derniers mois. Juste des vacances longues. Tant mieux, j’en avais besoin.

J’étais en train de me demander comment j’allais faire parce qu’il me reste plus beaucoup d’argent pour vivre, et que c’est tellement grave, parce que si j’ai  plus d’argent je vais mourir de faim, et que je suis angoissée rien que de penser mon compte vide… quand j’ai rencontré Camille, et Lula.

La première, née à Annecy, antropologue, 26 ans est partie voyager il y a 10 ans, en stop. La seconde, née à Buenos Aires, venue s’intaller dans le petit village de Miramar, 29 ans, et vécu jusqu’à il y a peu dans la peur.

Je réalise, en vrai, je ne suis pas partie pour passer un an de vacances. Ici et maintenant, je dois arrêter d’avoir peur. J’avance avec un putain de filet. ce que je fais c’est peu. Arrêter de croire que ça sera la fin du monde sans argent, et me mettre en campagne pour faire ma vie ici.

Loin de mes obsessions.

absente.

29 décembre 2010

Je suis actuellement perdue au bord de la mer STOP Je suis en train de préparer d’autres articles intéressants STOP Je reflechis en bronzant.

Merlo

19 décembre 2010

Après 10 h de voyage confortable dans un bus, me voici dans un décor tout à fait différent. Merlo, jolie petite bourgade de la province de San Luis, au pied des colines, en plein milieu de la campagne. Je suis venue voir une partie des amis proches de la famille, branchés veggan food, bioconstruction, écologie. Bon. Même si je trouve la cause louable, la campagne trop campagne, c’est pas ma came. Les insectes gros comme le poing, je ne m’y fais guère.

Mais je dois dire que l’endroit est d’une incroyable beauté. Tout a été construit au fur et à mesure des envies de sa créatrice, on se croirait dans un décor emprunté à Georges Lucas, ou à Peter Jackson. A tout moment j’ai envie de voir apparaitre Willow et sa bande, sirotant des bières avec Frodon, en bavassant sur la meilleure manière de tuer un troll.

J’aime être ici.

Il y a si longtemps que j’avais besoin d’un vrai break, de changer de vie.

Ici, on dédramatise sur la procrastination. C’est d’ailleurs un peu pénible, parce qu’au final on ne fait pas grand chose, on parle beaucoup. Alors, faut le prendre avec philosophie. Moi qui angoisse au moindre imprévu, je pense que dans un sens ça me fait du bien. Il faut juste que je provoque un peu plus les choses, et c’est dans un sens un bon apprentissage. Moi qui déteste les indécis.

Bye bye Buenos Aires…

14 décembre 2010

Demain, je quitte Buenos Aires, pour une durée indéterminée. Quatre semaines que je suis ici, qui ont filé à la vitesse de la lumière. Quatre semaines qui ne m’ont pas suffit. J’ai encore soif de cette ville tourbillonnante, angoissante parfois, effervescente souvent. Quatre semaines qui m’ont à peine suffit à m’acclimater, à savoir me déplacer.

Il reste des mystères à élucider. Jamais je me suis sentie écrasée par le poids de la ville, malgré la taille imposante de cette dernière.

Les porteños sont des gens aimables, toujours prêts à rendre service quand on est perdus ou qu’on a du mal a recharger son téléphone portable. Les remarques des hommes sont lourdes, je ne m’y ferais sans doute jamais. Mais paraît il que c’est culturel. La bouffe est trop bonne, ici, et si je prends pas 10 kg avant de rentrer en Europe, il  a des chances que j’en prenne 15.

Je pars pour Merlo, province de San Luis, pour profiter des amis et de la campagne. Puis les plages de l’Atlantique, pour feter Noël.

Je vois mon voyage au jour le jour, et c’est mieux comme ça. Deux choses se précisent dans mon coeur. La première, je veux revenir à Buenos Aires, et la seconde, je ne veux pas revenir vivre en France. Enfin pas tout de suite.

Y? Te ubicas?

12 décembre 2010


Buenos Aires est une grande ville. La deuxième plus grande de l’Amérique du Sud après Sao Paulo. Grande comme deux fois Paris, avec un million d’habitants en plus. Et mon « légendaire » sens de l’orientation fait très mauvais ménage avec le plan d’urbanisme à damiers, que les colons espagnols ont implanté dans à peu près toutes les villes d’Amérique (nord ou sud).

Rien de plus difficile que de se faire aux divers réseaux de transports. Se rendre d’un point A à un point B demande un peu d’entrainement. Pourtant, les modes de transports sont divers, mais il y a plusieurs moyens de se perdre très facilement.

Tout d’abord, le train : le moyen le plus ghetto de se déplacer. C’est un peu comme le RER, mais ce n’est pratiquement jamais souterrain, et n’est jamais intégré dans le réseau de métro. Il faut de toutes manières lui préférer le métro, ou le bus. En effet, c’est la manière la plus populaire, parce que très peu cher, et quand je dis populaire, c’est plutôt ghetto, le mot juste. Il est juste très mal fréquenté, et comme dans tous les pays du monde, il vaut mieux éviter de traîner près des gares. De plus, les voies très mal entretenues font de ton voyage un chemin de croix.

Le métro : ici, on ne fait rien comme tout le monde, on l’appelle Subte. C’est vraiment pas comme à Paris. Il  a 5 lignes plus ou moins (plus sont en projet) et il n’y a pas des arrêts dans tous les quartiers. C’est néanmoins la manière la plus sûre de se déplacer. Toute la classe la plus haute prend le Subte, et je ne me suis jamais sentie angoissée, de la plus infime façon. Sur une des lignes, les métros sont encore en bois.

Sur deux lignes, la B et la D, plusieurs stations portent le même nom. Par exemple, il  a une station Callao sur la ligne B, et une sur la D. C’est super pratique pour donner des rendez-vous. Surtout qu’elles ne sont pas connectées.

Le Taxi : avant de partir, on m’avait fait promettre de pas prendre de taxis. Ces petites voitures reconnaissables à leur robe jaune et noire charrient des rumeurs tenaces. On a vite l’impression ici qu’il y a un taxi pour un habitant sur Buenos Aires, qui arpentent la ville tels des Nazguls, à la recherche de nouvelles victimes.

Et bien dans les faits… ce n’est pas plus dangereux qu’ailleurs de prendre le taxi, il faut juste prendre des précautions.
Il parait qu’on peut se faire enlever au détour d’une rue, juste pour se faire dépouiller. Une solution, planquer l’argent (toujours planquer l’argent) et surtout prendre des « Radio Taxi » car en cas de soucis, on peut se plaindre à leur hiérarchie. D’une manière générale, il faut éviter de prendre des taxis indépendants.
Le second problème, c’est l’échange de billets, sport national ici. Soit par de faux billets, soit pire, le chauffeur te prend pour un jambon. « Tu m’as donné un billet de 10$, tu t’es trompé, c’est un billet de 50$ qu’il me faut ». Dans ce cas, faut rester ferme, surtout quand on est bourré, à 6h du mat’.
Le dernier point, c’est quand on connaît peu la ville, le chauffeur peut faire des tours et des détours pour engraisser son compteur. Classique. C’est commun à quasi tous les chauffeurs de taxi du monde je pense. « Mec, t’es passé par Boston pour faire 5 pâtés de maisons? » ça m’est arrivé à Marseille, à Barcelone… De toutes manières, tu connais la ville. Depuis 6 mois, même si tu arrivé es hier.

Le Bus : AAAAAh le bus. Le moyen le plus pratique. Mais de loin le plus complexe. C’est la première fois que je vois que dans une même ville, il peut y avoir plusieurs entreprises de Bus qui sillonnent les rues. Il faut au moins un mois pour pouvoir comprendre leur satané Guide.

Outre le fait qu’il y a plus de 300 lignes, qu’il faut savoir par où elles passent et où elles s’arrêtent (le parcours n’est pas indiqué) il faut suivre sur le plan par où passe le bus. C’est coton quand on ne connait pas la ville. Et puis🙂 on se croirait dans des montagnes russes, on risque sa vie à chaque carrefour. Là aussi, il n’y a pas d’horaires. On attend qu’il arrive, c’est tout. Ils fonctionnent de nuit comme de jour, et il n’est pas rare de voir deux bus de la même ligne se suivre au coude à coude.  J’ai compris récemment qu’ils avaient des espèce de « check point » dans la ville, et au plus ils en faisaient, au plus ils étaient payés. Je pense pas qu’écraser des piétons au passage leur apporte des pénalités.

Piéton : Dans Buenos Aires, de toutes manières, on marche beaucoup. Je me demande encore si renverser un piéton est un délit puni par la loi. Il suffit de traverser une avenue pour avoir un choc. Les gens ne regardent même pas qui traverse, ou ce qu’il se passe autour de leur putain de bagnole. À la vue d’un marcheur, ils se contentent de klaxonner et d’accélérer. L’espérance de vie à pied doit tourner au tour d’un quart d’heure.

 

Mais SURTOUT, ne dis jamais à un Argentin qu’il ne sait pas conduire.

 

 

 

Une information inutile…

8 décembre 2010

En arrivant en Amérique du Sud, c’est à dire en posant le pied sur le sol Argentin, il y a un truc qui choque. Quelques jours après mon arrivée (il y a déjà longtemps), en attendant le métro, je lance un « dans le métro Parisien, et même à Marseille, il y a une pancarte qui dit le nombre de minutes à attendre avant le prochain métro… »

metro

 » – Mais c’est une information inutile!..

– Mais non, ça te permet d’être rassuré, de savoir si tu vas prendre celui là ou le suivant, si ça va être long ou pas. Enfin je sais pas, moi j’aime avoir cette information..

– Mais ça sert à rien, cette information elle stresse. Vous les Européens, vous courrez toujours après le temps… Nous on prend le temps de vivre.

– Faire attendre les gens c’est un manque de respect, non?

– Je ne comprends pas de quoi tu parles, ici c’est pas considéré comme un manque de respect.

– Je déteste attendre. L’autre jour, al Banco de la Nacion, ils m’ont juste fait attendre avec tous mes bagages, il faisait chaud, ils s’en inquiétaient pas trop. tu trouve ça normal?

– Tu restes combien de temps en Argentine, déjà?

– Bah un an, je sais pas encore…

– Tu vas changer, tu vas apprendre à prendre le temps.

– Je suis pas sûre d’avoir envie de changer..

– Apprendre à prendre le temps de vivre, tu vas aimer ça.

– Non mais la rapidité ça veut dire aussi l’efficacité dans le travail, faut pas tout mélanger, le week end,  je sais me détendre.

– C’est idiot comme raisonnement. On est sans doute aussi efficaces que vous, moins disciplinés, on met le même temps, sauf qu’on se stresse pas.

– J’ai jamais dit que vous étiez moins efficaces… mais ce truc de faire attendre les gens, ça provoque chez moi des réactions épidermiques….

– Tu vas changer…

– Grand dieu, j’espère que non.  »

Heureusement, j’ai toujours vécu dans le Sud de la France, je n’ose imaginer comment je le vivrais si j’étais Parisienne.

Avant de partir pour l’Argentine, j’ai reçu une litanie de recommandations de tout un tas de gens aux intentions louables. « Faut pas aller à la Boca, faut faire gaffe, c’est dangereux… ».

Je ne suis pas du genre à prendre des risques, et a priori cette mise en garde ne me posait pas de problèmes particuliers. J’étais à Buenos Aires depuis seulement trois jours (je vais arrêter d’antédater mes articles, c’est mal pour le rss) que L. me propose un dimanche, avec la plus grande des légèretés :

Et si on allait à la Boca, c’est hyper touristique, puis tu pourras gouter un vrai choripan bien gras.

GNé? TOURISTIQUE? Comprends pas. La Boca, tout le monde m’en parlait comme d’un franc coupe-gorge, et là on me dit que c’est touristique? Ma curiosité est plus que stimulée, je grimpe dans un « collectivo » pour le quartier de La Boca. Les collectivos, bus de ville, j’en parlerais plus tard, parce que ça mérite un post.

Je ne fus pas surprise d’arriver en plein dans un quartier délabré, des maisons comme si les murs avaient été faits de cire, puis exposées à la chaleur. « non mais n’aie pas peur tu vas comprendre, il faut que tu voies ça une fois dans ta vie ». OK, je fais confiance. On tombe sur des barrages de police, des tanks pourvus de canons à eau, bref, je me demande si le bus qui nous a déposés ne s’est pas trompé de chemin, et ne nous aurait pas emmenés à Bagdad… L., surpris, demande aux policiers en tenue de siège ce qu’il se passe. « Il y a un match, c’est juste pour faire peur, il y a plein de touristes, ne vous inquiétez pas, no pasa nada » nous annonce l’agent plastronné, guilleret. Tu n’es pas sans savoir que la Boca abrite le stade le plus connu de la terre (non, ce n’est pas le Vélodrome, je t’assure) la Bombonera, le stade où évolue le Club Atlético Boca Juniors, rapport à Diego Maradona. Le foot ici est une institution.

Et, au détour d’une rue, la stupéfaction. Je suis arrivée aux abords du Riachuelo, petit cours d’eau qui longe Buenos Aires et se jette dans le Rio de la Plata. La population se fait touristique, je tombe sur le Caminito. Véritable cirque. Indescriptible spectacle qui s’offre à mes yeux, dans ce quartier enclavé par le Riachuelo, coincé derrière la gare de Constitucion. Je débarque dans un décor en carton pâte, digne des plus grands parcs d’attractions. Des façades de tôle peinte, des couleurs vives, des poupées grandeur nature qui saluent aux balcons, des danseurs de tango aux poses forcées, des rabatteurs… Mais je suis là???

Mais quel est l’abruti qui a créé cet endroit artificiellement touristique en plein coeur de la misère? Et j’aimerais savoir quel plaisir ont les gens à venir ici, relater des visions faussées de l’Amérique du Sud? Il est vrai que le quartier de la Boca est chargé d’histoire. Vers la fin du XIXème siècle, l’ancien quartier négrier fut réhabilité par des immigrés italiens, qui décidèrent plus d’une fois d’ériger le drapeau Gennois, pour former la République de la Boca. Un barrio qui a toujours été ouvrier, pauvre, prolétarien. (pour la faire courte).

Le tour du Caminito étant vite  achevé, on fait le tour du quartier pour s’acheter deux choripans, de la soulfood locale, une saucisse un peu façon « Toulouse » coupée en deux, du chimichurri, et leur pain affreux (j’y reviendrais).

Nous revoilà sur le chemin du retour, arpentant les rues délabrées pour rejoindre Constitution et reprendre un bus jusqu’à Colegiales, l’autre côté de la ville. On s’enfonce dans les quartiers, et ma peur se change en angoisse. Je crois que je n’ai jamais ressenti ça en Europe, que ce soit à Marseille, Paris ou Barcelone, réputée pour être la capitale européenne de la petite criminalité. L’ambiance est pesante ici, les yeux se posent sur nous à chaque détour de ruelle. Je presse L. en lui demandant si on pouvait prendre un taxi, que je le paye, je me fous un peu de ce que ça peut coûter. « non mais tu rigoles, tu n’as pas peur j’espère? ». Le décor change à nouveau, on est entourés par des vieux bâtiments talés, des trottoirs massacrés, des rues quasi désertes, et toujours ces yeux qui ne nous quittent pas du regard. Les seuls témoignages de vie des maisons sont des oripeaux en train de sécher sur les balcons chancelants. Du parc d’attraction, nous sommes passés à la partie « ville fantôme » sauf qu’ici tout à l’air effroyablement vrai.

Deux jeunes viennent nous demander l’heure, j’ignore depuis combien de temps ils nous suivaient. L. me dit en français « tu vois, c’est un test, j’ai bien répondu, ils vont nous laisser tranquilles ». Moyennement rassurée, j’évoque à nouveau l’idée de prendre un taxi. « mais non on n’est pas loin ». Ce qui était vrai, mais ça ne nous a guère aidés pour la suite des évènements. Quelques quadras plus loin, les revoilà qui nous demandent notre argent, et nos objets de valeur, en nous menaçant. Le plus petit m’arrache en un instant la médaille que j’avais depuis près de 10 ans autour du cou. Je n’ai même pas songé à essayer de lui expliquer la notion de valeur sentimentale, pour moi l’effroi commandait mes gestes. Je ne saurais décrire ce que j’ai ressenti à cet instant-là. C’est comme si ma plus grande peur de l’instant se matérialisait devant moi. Une peur viscérale, sidérante, concrète. Je voulais que tout s’arrête. Prenez tout, disparaissez. Je leur ai laissé mon appareil photo, un peu d’argent, et je réprimais mon envie de peurer. La peur avait été si forte. Je ne sais plus trop comment je me suis retrouvée ensuite dans un lieu de vie, je ne me souviens plus. Je suis montée dans un taxi, je suis rentrée à a maison, me suis enfermée dans la chambre et j’ai dormi plus ou moins jusqu’au lendemain.

Peu importe ce que j’ai abandonné ce jour-là, il me reste le souvenir de l’angoisse de ce moment-là. En écrivant ces lignes, j’en ai de nouveau les sensations, j’ai envie de pleurer.

Avec du recul, je pense que même si j’y ai perdu en matériel, j’ai appris les codes de mon nouveau pays. Les petits voleurs sont rarement armés, ils se servent de la peur du touriste pour les dépouiller. Ce genre de vols ont forcément lieu aux abords des endroits touristiques, où les gens sont susceptibles d’avoir de l’argent. Il aurait suffi de rien leur donner, de leur tenir tête. Pour moi ça me paraissait impossible il y a quelques jours en arrière. En y réfléchissant bien, ils auraient rien pu nous faire.

Alors, bien sûr que je culpabilise, que je me dis que j’aurais dû attendre de connaître un peu mieux Buenos Aires pour ce genre de sorties aventureuses, que j’aurais du moi-même arrêter le taxi, puis plein d’autres choses encore, inutiles. Maintenant je commence à comprendre un peu mieux, appréhender le danger plus intelligemment.

Adopter les règles du pays.

Make the Girl Dance

22 novembre 2010

Plaisir immédiat des mélodies voluptueuses sublimées par des kicks organiques. Une voix agréable, sexy et des lyrics décalés. Des paroles légères qui me pousseraient presque à donner le disque à ma petite sœur pour ses soirées entre copines. Oui mais voilà, il faut dire que c’est foutrement bien produit, sous ses airs légers, le projet « Make the Girl dance » transpire le professionnalisme.

Avec une baseline simple : « nous on veut faire danser les filles » les deux compères remettent la notion de plaisir au coeur du débat, pour mon plus grand plaisir personnel. Pierre Mathieu & Greg Kozo dealent une electro pop doucereuse, qui ne manque pas de fraicheur. Pour ne rien gâcher, on peut accorder à Make The Girl Dance un sens de la communication qui ne connait pas d’égal. A mi chemin entre le professionnalisme des grandes maisons de disques, tout en gardant une dimension tout à fait humaine, en répondant de manière très personnelle sur les plateformes de réseaux sociaux.

Après un premier coup d’éclat avec un clip dont même Grand-Mère Jeannine t’a parlé au petit déjeuner, « Baby, Baby, Baby », un deuxième qui a fixé leur nom dans les cranes de porteurs de casquettes à visière plate, et puis un troisième dérangeant (que tu ne pourras pas montrer à Grand-Mère Jeannine) le duo a clairement affiché leur volonté de faire de l’image partie intégrante de leur musique.

Ma préférence va pour leur dernier maxi, « wall of death », qui est nettement moins pop que les deux premiers, une tranche de dancefloor découpée avec une hache, sublimée par nos amis de Stereoheroes.

 

 

 

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